
Les producteurs du Périgord Vert se sont regroupés en association et présentent leurs produits sur une boutique de vente en ligne « Saveur Nature ». Unis autour d’une charte de qualité, certains se sont convertis au bio, d’autres ont conservé un mode de production fermière. Ils revendiquent une agriculture à taille humaine et expriment leur passion du terroir au travers de produits directement issus de leurs fermes, au cœur du Parc naturel régional Périgord-Limousin. Nous avons rencontré Chantal Tinon, à l’origine de ce groupement de producteurs.
Chantal, tu es à l’origine du groupement des producteurs du Périgord Vert et de la marque fédérative « Saveur nature » dont s’est dotée votre association. Peux-tu nous présenter votre groupement et vos ambitions ?
« Saveur-nature ou le goût de l’essentiel » est le nom complet de la marque déposée à l’INPI.
Tout le projet est contenu là, dans ses ambitions. Saveur-nature.com est le nom de domaine réservé pour le site. “Les producteurs du Périgord Vert” est une association loi 1901. C’est une première étape pour fédérer des agriculteurs avec des exploitations de taille familiale.
Son objet est de se doter des outils nécessaires à une commercialisation directe de produits bio ou fermiers, dont l’e-commerce, désormais incontournable, mais encore très onéreux à titre individuel. En mutualisant ce service, les producteurs ont ainsi accès à un outil professionnel d’e-commerce : le site a été réalisé et est maintenu par des professionnels de l’informatique et d’internet. Très vite, la demande de mutualisation de l’emballage et de l’expédition a émergé. Pour les adhérents qui le souhaitent, ces services sont pris en charge par l’association.
En ce qui concerne les ambitions, elles sont claires. Premièrement, c’est de permettre à des consom’acteurs d’accéder sans aucun intermédiaire à des produits de qualité (bio ou fermiers), à des prix équitables pour eux et les producteurs, sans se déplacer, donc sans temps passé en courses après une semaine de travail.
Deuxièmement, retrouver la saveur-nature des produits directement issus de la ferme et par là même, l’essence de ce que la nature peut produire lorsqu’on lui laisse son temps. Enfin, donner la parole aux agriculteurs, réhabiliter leur image et sortir du stéréotype du « paysan-qui-est-paysan-parce-qu’il-n’a-pas-pu-faire-autre-chose ». Les paysans sont paysans par choix de vie. Ils ont des bac ++ et sont des chefs d’entreprise ! Ce sont d’ailleurs peut-être eux qui vont redonner du sens à nos vies.
Vous êtes donc producteurs, transformateurs et vendeurs. Tous vos produits ne sont pas pour autant labellisés bio. Quel niveau de garantie proposez vous aux consommateurs ? Disposez vous d’une charte éthique propre à la marque Saveur Nature ?
Bien sûr, saveur-nature s’est dotée d’une charte qualité. Un engagement est signé avec chaque adhérent. Mais le plus souvent, les producteurs, adhèrent déjà à au moins une charte. Donc, je n’ai pas jugé utile d’alourdir les procédures. De plus, la région géographique est pour l’instant limitée et je les rencontre individuellement. Je vois dès la première visite si la qualité est là et j’appréhende vite l’état d’esprit avec lequel ils produisent. De plus, je suis amenée à créer des liens dans la durée avec chacun d’entre eux. C’est pour cela que les produits sont bio ou fermiers : je préfère du bon fermier à du mauvais bio !
Nous sommes dans une petite région où les réseaux fonctionnent bien et où les producteurs se connaissent. Si des points négatifs m’ont échappés, je le sais vite…
Souvent, par le passé, le monde agricole a été initiateur de nouvelles formes d’organisations sociales et économiques. Le concept de la vente directe via une plateforme e-commerce s’impose progressivement comme un modèle économique proche des circuits courts. Qu’en est-il du modèle social ?
Saveur-nature ne s’approche pas des circuits courts : c’est le circuit le plus court qui puisse exister puisque ce sont des producteurs qui vendent eux-mêmes en se regroupant.
Ce que nous vivons depuis un an au niveau mondial (crise économique et financière) nous montre les limites d’un système fondé sur la globalisation. Au delà d’une certaine taille, les entreprises deviennent incontrôlables et leurs chutes ont des répercussions au plan mondial. L’instabilité engendrée a ouvert des brèches, impose des questionnements. Bref, il me semble qu’enfin le temps est venu de proposer de nouvelles manières de fonctionner. Maintenant, les oreilles sont plus ouvertes. Pour moi, l’économique et le social sont intimement liés. Revenons donc à l’essentiel! L’économique, c’est de l’échange entre personnes : je ne produis pas de pommes, mais je produis des services. En échange de mes services, je suis payée et j’achète des pommes. Le producteur de pommes peut faire le choix d’acheter mes services s’il ne se sent pas de compétences pour vendre ses pommes par internet. C’est cela la base de l’économie avec ou sans le médiateur de l’argent. Par ailleurs, une pomme a un bien meilleur goût si j’ai parlé avec le producteur et si je sais comment il l’a produite (circuit court). Locaux ou mondiaux, les réseaux sont inhérents à tout fonctionnement humain. L’inter-dépendance est au cœur de toute relation : entre les humains, entre l’homme et la nature, entre les différents éléments de la nature. Or nous sommes un des éléments de la nature : ne l’oublions jamais ! Et plutôt que d’agir en mégalomane, oeuvrons avec elle humblement. Observons-là : elle nous enseigne chaque jour. Les paysans vivent à son contact tous les jours : ils savent l’écouter et s’en inspirer dans leurs actions quotidiennes, composer avec elle et inventer pour s’adapter.
Plutôt que de créer des réseaux mondiaux, créons nos réseaux par affinités . Ce peut être de proximité, mais aussi avec des gens à l’autre bout du monde. Les technologies de l’information permettent cela si on sait les utiliser comme de puissants outils. Laissons-nous fonctionner par affinités d’âmes. Chacun d’entre nous est dans différents réseaux. Saveur-nature, c’est de la mise en réseaux : économique et social. C’est la raison pour laquelle, je tiens à présenter chaque producteur dans son environnement. C’est un site d’e-commerce, mais c’est aussi un site où l’on apprend comment sont produits les denrées mises à la vente, où l’on présente les services proposés en parallèle par les producteurs (gîtes, chambres et tables d’hôtes, visites à la ferme, fêtes de la nature …), où l’on invite les consom’acteurs à venir rencontrer les producteurs, à échanger avec eux, à créer des liens.
Je n’ai pas de modèle économique et social à proposer. Saveur-nature est facilitateur de réseaux, un outil mis au service des producteurs et des consom’acteurs pour faciliter la rencontre, échanger et inventer ce ou ces nouveaux modes qui deviendront peut-être modèles, mais peut-être pas, parce qu’il y a toujours à inventer et créer pour s’adapter. L’important est à un moment donné de mettre en place une relation économique et sociale qui convienne aux différentes parties.
Si le service pour les consommateurs est indéniablement intéressant, on peut tout de même s’interroger sur la logistique. Comment concilier vous les contraintes liées au coût de stockage, de transport et leurs impacts écologiques ?
La logistique est pensée pour limiter au maximum les déplacements pour les producteurs et limiter les coûts pour l’association. Le lieu d’expédition est pour le moment au centre, soit 30 à 40 kms maxi pour les producteurs les plus éloignés. Là aussi, adaptation au cas par cas. L’expédition peut être faite directement par le producteur. Dans d’autres cas, nous fonctionnons avec un petit dépôt-vente.
Reste l’impact écologique des colis envoyés à l’autre bout de la France éventuellement : là, je n’ai pas encore trouvé de meilleure solution que de payer les services de chrono-post !
Avec l’esprit réseaux développé plus haut et ma critique par rapport aux entreprises de grande taille, si l’association est amenée à prendre de l’ampleur, elle essaimera en diverses petites structures implantées sur des lieux géographiquement différents, là où se regroupent des producteurs.
Il s’agit bien sûr de limiter les impacts écologiques, mais aussi de préserver de la proximité afin que social et économique restent toujours liés : les producteurs doivent toujours pouvoir parler avec leurs clients préférés et réciproquement !
Votre plateforme n’est pas qu’une boutique en ligne, vous proposez également différents services aux producteurs adhérents ?
Toujours avec l’esprit mise en réseaux, chacun d’entre eux peut avoir accès à un blog avec choix d’un nom de domaine qui leur appartient. Ce blog est totalement libre de contenu (en respectant un code déontologique toutefois . Cela peut lui permettre d’échanger sur les sujets qui lui tiennent à cœur, de dire plus en détails ce qu’il fait, de présenter des évènements ponctuels. Bref, c’est un outil supplémentaire de communication vraie si tel est son souhait.
Pour conclure, quel message souhaiteriez vous transmettre aux consom’acteurs ?
Découvrez les saveurs authentiques de la nature !
Revenez à l’essentiel en appréciant des aliments produits naturellement au rythme des saisons (sans engrais chimiques, sans pesticides, sans OGM). En achetant directement les produits saveur-nature, vous contribuez au maintien d’une agriculture diversifiée à taille humaine dans une nature préservée (Parc Naturel Régional Périgord Limousin). En consommant les produits saveur-nature, vous êtes solidaires des producteurs du Périgord Vert et ils sont solidaires de vous. C’est cela être consom’acteur.
Dans ce monde en transformation profonde, nous avons humblement à œuvrer en commun pour transformer les modes d’échanges économiques et inventer ou ré-inventer un monde où l’Humain et la Nature vivront à nouveau en harmonie. Pour cela, revenons à l’essentiel !
Propos recueillis par Vincent, animateur Biodordogne

SAVEUR NATURE
Contact : Chantal Tinon
Tél : 05 57 24 92 02 – 06 89 33 06 40
E-mail : contact@saveur-nature.com
www.saveur-nature.com




