Les produits bio importés

6 juin 2011 Aucun commentaire »
Les produits bio importés

Maïs ukrainien, concombres égyptiens, fruits rouges serbes, jus de pomme d’origine turque, graines de lin chinoises, la liste des produits bio retirés de la vente s’allonge chaque jour.

Plus de 200 autorisations d’importation à des opérateurs de produits bio ont du être retirés depuis 2005. Cette dérive est pourtant rarement évoquée par les professionnels. Beaucoup ont peur de déstabiliser la filière bio, en pleine structuration, et de jeter le doute dans l’esprit des consommateurs sur la qualité réelle des produits. Le problème réside pourtant bien dans l’importation massive de produits bio étrangers, et non sur les produits bio locaux. Avec ce manque de transparence, on risque très rapidement de discréditer la filière bio tout entière. La confiance des consommateurs dans les produits bio mérite que l’on communique clairement sur le sujet.

Avec seulement 3% de surfaces agricoles en bio, les producteurs français ne pourront à court terme répondre à la demande croissante des consommateurs. Une réalité avec laquelle il faudra composer, en laissant le temps à la filière française de s’organiser en termes de production, de commercialisation mais aussi de distribution. Dans cette attente, il est donc plus qu’urgent de réexaminer le système de contrôle et le réseau de distributions des produits bio importés.

Qui sont les responsables ?
La nouvelle réglementation européenne, sous couvert d’une harmonisation des pays membres de l’Union et d’une plus grande fluidité du marché, a ouvert la porte à une normalisation vers le bas, avec des exigences et des contrôles moindres. De plus, l’interprétation de la législation diffère également selon les pays et beaucoup de producteurs se sont convertis au bio par simple opportunisme.

La grande distribution, partie de rien, représente désormais 45% du marché de la bio. Comment des enseignes non spécialisés, en moins de deux ans, peuvent-elle exercer le suivi de produits bio importés ? La situation risque pourtant de s’amplifier, puisqu’à partir de septembre 2011, de nouvelles gammes de produits bios seront distribués par ces enseignes, sous leurs propres marques, avec une traçabilité sur les ingrédients utilisés de plus en plus complexe. Ces mêmes enseignes, dans leur perpétuelle quête de prix bas, proposent désormais des pommes de terre israéliennes, des oignons égyptiens ou des poires argentines, alors que les récoltes françaises dans ces domaines sont abondantes. Nos agriculteurs ne sont même plus sûrs de vendre leur production.

Certains magasins spécialisés ne jouent pas le jeu non plus. Pour lutter contre la concurrence agressive de la grande distribution, certains n’hésitent pas à vendre des melons venus du Maroc avec un étiquetage « origine France ». Les produits de la marque (mention) « Nature et progrès » dont les exigences sont pourtant bien au-delà de la norme bio européenne ont même été retirés de certains rayons. Ou est la cohérence, si chère à la bio ?

Les organismes de contrôle ne sont pas exempts de tout reproche. Le développement de la bio a promu certaines entreprises régionales aux statuts de multinationale. Comment des entreprises peuvent elles mettre en place rapidement une structure fiable à 100%, en cumulant évolution du CA à deux chiffres, et contrôles efficaces, réguliers ? Si ces derniers restent strict sur le papier, la densité des opérateurs du bio confinent les organismes certificateurs à des analyses de routine sur des produits à risques, ceux dont le prix en bio est beaucoup plus élevé qu’en conventionnel, ou bien encore de pays où les producteurs sont peu encadrés par des organismes agricoles compétents.

N’oublions pas les consommateurs qui ont aussi leur part de responsabilité. Le bon sens veut qu’on adapte son alimentation aux produits de saisons. Quant on réclame des tomates bio en hiver, on favorise une filière venue de chine, même processus pour les haricots, avec la filière du Kenya.

Quelles solutions ?
Dans un premier temps, il est nécessaire que l’ensemble des acteurs de la filière bio prennent des mesures radicales contre ces dérives. Un simple déclassement des lots est insuffisant pour calmer les ardeurs des fraudeurs.

D’autre part, il n’existe pas en France, de politique cohérente en faveur de l’agriculture biologique. La filière bio reste fragile, avec un fort déséquilibre entre l’offre et la demande. En l’état actuel du dispositif, l’objectif du grenelle de l’environnement de 6% de la SAU (surface agricole utile) en bio à l’horizon 2012 ne sera sûrement pas atteint. Que pensez du second objectif du grenelle de l’environnement (20 % de la SAU en bio pour 2020), lorsque le gouvernement diminue le crédit d’impôt accordé aux agriculteurs qui se convertissent au bio ? La majorité des aides européennes profitent encore à l’agriculture conventionnelle. Quant à la recherche agro-biologique, elle ne dispose d’aucun dispositif d’aide financière.

Les ventes de produits bio se font via 4 circuits de distribution avec respectivement 45 % pour les GSA (grandes surfaces alimentaires), 38 % pour les magasins spécialisés , 12% pour la vente directe (marchés, à la ferme, AMAP) et 5% pour les artisans commerçants (bouchers, primeurs, boulangers). Une des solutions consiste à inverser cette tendance en privilégiant les circuits courts et les artisans-commerçants.

En consommant bio, local et de saison, les consommateurs peuvent se réapproprier leur alimentation et se soustraire aux enjeux de cette spéculation alimentaire et commerciale. Développer la vente directe permet de recréer une étroite relation entre producteurs et consommateurs. La confiance du consommateur s’instaure par le dialogue avec le producteur, la découverte de ces méthodes de production, ainsi que la reconnaissance de ces efforts en matière de qualité et de traçabilité des produits. Le producteur engage lui-même sa responsabilité en vendant directement au consommateur et ce devant la vigilance des autres paysans.

Aprés tout, n’est-ce pas cette confiance là, que l’on cherche à recréer artificiellement avec un label ?


Vincent Datin, animateur Biodordogne

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