En juin 2007, Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire et chercheur à l’Institut de biologie fondamentale et appliquée (IFBA) de l’Université de Caen, publiait une étude sur les effets du désherbant Roundup sur la santé.
Les résultats obtenus montraient que même à des doses considérées comme non toxiques, le produit empêchait sur les cellules embryonnaires, la formation d’hormones sexuelles essentielles au bon développement du fœtus, à ses os et à son sexe. Pourtant, en 2010, le Roundup reste le pesticide désherbant le plus utilisé dans le monde, malgré ces effets sanitaires reconnus sur la reproduction et les maladies hormono-dépendantes.
Pourquoi n’est–il pas interdit ?
La réglementation européenne pour les homologations des produits phytosanitaires liste des molécules, mais pas forcément leur assemblage pour obtenir un produit. Le Roundup est, à n’en point douter, un mélange bien plus nocif que le seul glyphosate qui fait partie de sa composition. Pour obtenir l’homologation du Roundup, Monsanto a fourni des tests menés sur des rats, qui ont été exposés au glyphosate seul – la molécule active de son herbicide- mais pas au cocktail qui constitue les formulations commercialisées.
Le Roundup contient ainsi du POEA, un détergent qui sert à améliorer la solubilité de l’herbicide et sa pénétration dans les plantes. Sans celui-ci, le glyphosate n’arrive pas à pénétrer les cellules végétales, et ne peut donc pas avoir d’effet. Le Professeur Robert Bellé, chercheur au CNRS et à l’Université Pierre et Marie Curie, a comparé les effets du Roundup avec ceux du glyphosate seul. Les effets du Roundup sur les mécanismes de la division cellulaire (première étape du développement du cancer) sont beaucoup plus importants que ceux obtenus avec la molécule active isolée. Parmi les adjuvants suspects, il y a également des substances inertes dont on ne peut rien dire, car leur identité n’est pas communiquée par le fabricant, au nom du « secret commercial »
Il semble qu’à l’époque les résultats n’ont pas été rendus publics afin de ne pas créer de psychose, a moins qu’il s’agisse en fait de ne pas porter préjudice au développement des OGM, qui, comme vous le savez, ont été manipulés pour résister au Roundup… et fabriqués par la même firme : Monsanto.
Un tueur d’embryons
De fait, une étude publiée par l’université de Carleton, portant sur des familles de paysans de l’Ontario, a révélé que l’usage de glyphosate dans les trois mois précédant la conception d’un enfant était associé à un risque accru de fausses couches tardives (entre la douzième et la dix-neuvième semaine). Il est intéressant de noter que, d’après une autre étude réalisée sur des familles paysannes d’Amérique du Nord, 70 % des agriculteurs présentent une urine contaminée par le Roundup, le jour de l’application du produit dans leurs champs, avec une concentration moyenne de 3 microgrammes/litre et des pointes à 233 mg/l.
Une étude épidémiologique menée auprès des populations agricoles de l’Ontario a montré que l’exposition au glyphosate doublait presque le risque d’avortement spontané et suggérait qu’il y avait un lien entre l’utilisation du glyphosate et le risque de cancer, le lymphome non-hodgkinien… et le myélome multiple.
De même, un laboratoire de l’université Tech du Texas a établi que l’exposition au Roundup des cellules de Leydig, logées dans les testicules et qui jouent un rôle capital dans le fonctionnement de l’appareil génital masculin, réduisait de 94 % leur production d’hormones sexuelles. Enfin, des chercheurs brésiliens ont constaté que des femelles de rats enceintes au moment de l’exposition au Roundup donnaient plus souvent naissance à des bébés atteints de malformations du squelette .
Le professeur Séralini et son équipe, ont mesuré l’effet toxique du Roundup, d’abord sur des cellules de placenta humain, puis sur des cellules d’embryons. A des taux admis par la réglementation, comme des niveaux de résidus acceptables sur les produits alimentaires comme les plantes transgéniques, le Roundup tue littéralement les cellules de placenta humain, en quelques heures, et de manière encore plus sensible, les cellules issues d’embryons humains. En fait, sous l’effet du produit, les cellules commencent à se contracter, puis, n’arrivant plus à respirer correctement, elles meurent asphyxiées.
Ce résultat est obtenu à des doses nettement inférieures à celles utilisées dans l’agriculture, à une concentration de produit de 0,05 %. Quand on utilise une concentration encore plus faible, en diluant le produit acheté dans le magasin 10 000 ou même 100 000 fois, on constate qu’il ne tue plus les cellules mais bloque leur production d’hormones sexuelles, utiles au fœtus pour développer ses os ou former son futur système de reproduction. On peut donc en conclure que le Roundup est aussi un perturbateur endocrinien.
Le Plan Colombie
Pour ceux qui ne voient dans les études scientifiques qu’une suite de probabilités déconnectée de la réalité, voici un cas concret : la Colombie.
Pour lutter contre le narcotrafic, producteurs de coca (cocaïne), pavot (héroïne) et de cannabis du monde, le gouvernement Colombien a utilisé les fumigations. Cela consiste à asperger par avion les cultures avec un puissant herbicide : le Roundup Ultra à hauteur d’une concentration de 1 à 26 %. Des effets collatéraux sont dénoncés dans toutes les zones fumigées. Des taux inhabituels de fausses couches et de malformations congénitales ont été observés. Les analyses médicales réalisées permettent de mettre en rapport les effets des organophosphorés : une sur-stimulation du système nerveux central qui cause maux de tête, étourdissements, nausées, vomissements, douleurs stomacales et faiblesse. A ces symptômes s’en ajoutent d’autres, caractérisés par une forte irritation des yeux et de la peau. Les analyses sanguines pratiquées sur les populations de la zone frontalière montrent des niveaux de fragilité chromosomique 17 fois supérieure à la normale. La fragilité chromosomique implique une plus grande fragilité pour l’apparition de cancers, mutations, malformations et avortements.
Vincent Datin, animateur Biodordogne













