Le poulet bio industriel de Duc

2 novembre 2011 Aucun commentaire »
Le poulet bio industriel de Duc

Après les poulets halal, le producteur français de volailles Duc se lance dans le bio. Présent depuis 2007 en Bulgarie, le groupe industriel Duc, avec un chiffre d’affaires en nette croissance de 90 millions (+13%), prévoit la commercialisation de ses premiers poulets bio mi-2012. Deux premiers bâtiments (investissement global de 180 k€), avec un parcours extérieur de 20 000 m², une capacité d’accueil de 4800 poulets chacun, ont donc été inaugurés le 25 octobre 2011 à Tannerre-en-Puisaye en présence du Préfet de l`Yonne, des Présidents du Conseil Genéral et Régional ainsi que du Président de la Chambre d`Agriculture de l`Yonne.

Le groupe Duc pose ainsi la première pierre de sa filière bio, puisqu’onze autres bâtiments viendront se rajouter dans la région avant la fin du 1er semestre 2012. A terme, le Groupe envisage la construction de 45 bâtiments en Bourgogne pour une commercialisation de 15 000 poulets bio par semaine, d’ici 2015.

Des poulets abattus trop jeunes
L’approche « bio » du groupe Duc soulève pourtant la polémique tant le projet est éloigné des valeurs de l’agriculture biologique ou paysanne. Si les deux bâtiments, respectent bien la norme de 4 m² par poulet exigée pour l’élevage bio, le groupe Duc exploite une faille dans les textes de la nouvelle réglementation bio européenne: la possibilité de réduire le nombre de jours d’élevage sur dérogation pour les poulets de souches dites « à croissance lente »… L’abattage dans la filière bio, mais aussi dans d’autres filières de qualité, est initialement prévu à 81 jours. Duc est donc le premier en France à pratiquer l’abattage de poulets en bio en dessous de cette norme, puisque les animaux seront abattus à l’âge de 71 jours. Les poulets bio ou fermiers de nos marchés sont le plus souvent abattus à 110 jours, il est donc peu probable que les consommateurs s’y retrouvent en achetant du poulet bio industriel de Duc.

Perte d’autonomie des éleveurs
Les bâtiments sont installées dans des fermes conventionnelles, la production de céréales bio cultivées sur place pour nourrir les volailles est donc impossible. Le groupe Duc propose aux éleveurs un contrat d’exclusivité par lequel il s’engage à fournir les poussins ainsi que l’alimentation. L’auto-production des aliments bio aurait pourtant été pour les agriculteurs une assurance contre la volatilité des prix. Tout est fourni par le groupe DUC. Le groupe industriel contrôle ainsi toute la chaîne de production, fixe les prix et maîtrise ainsi la marge béneficiaire en cas de fluctation du marché. L’alimentation animale est aujourd’hui l’un des produits bio les plus rentables. Les éleveurs deviennent donc de simples sous-traitants à la merci des prix fixés par le groupe industriel.

Le consommateur, seul juge
Engagé dans la production de poulets bio sous le respect du cahier des charges européen, certifié par Qualité France, le Groupe DUC deviendra un acteur majeur de la volaille bio. A moins que le consommateur bien informé, voit dans le processus mis en place par le groupe industriel, une simple opportunité commerciale loin des préoccupations économiques, sociales et environnementales. L’actualité montre que les consommateurs n’hésitent plus à boycotter une marque. Joël Marchand, directeur général de Duc, interrogé sur le seuil d’abbattage des poulets lors de l’inauguration du 25 octobre, semblait plus intéressé par la permissivité de la nouvelle réglementation européenne que par les questions liées à l`environnement, à la santé et à la qualité des biens alimentaires. « Dans certains pays, on peut aller jusqu’à 56 jours mais ce n’est pas notre objectif » déclarait-il.

Vincent Datin

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