Le label vin bio européen

18 février 2012 Aucun commentaire »
Le label vin bio européen

La désignation « vin biologique » existe enfin. La mise en place du label vin bio européen donne enfin officiellement naissance au vin biologique en France et en Europe.

Après de nombreux échecs pour définir un « standard bio » de la vinification, un consensus a pu être trouvé avec l’ensemble des vignerons européens. Le projet d’un label vin bio européen a finalement été adopté le 8 février 2012, par le comité permanent de l’agriculture biologique. Jusqu’à présent, seuls les raisins étaient certifiés « issus de l’agriculture biologique », la vinification n’entrait pas dans le cadre de la réglementation. La mention « vin issu de raisins de l’agriculture biologique » pouvait figurer sur une bouteille, avec l’ajout possible du logo français AB sur dérogation, mais aucune garantie n’était donnée sur les méthodes de vinification.

D’un point de vue sanitaire, tout le monde est gagnant… Le nombre croissant de surfaces de vignes en conversion biologique (+28 % par rapport à 2009) et l’apport d’une certification européenne vont permettre au marché du vin bio de croître davantage et inciter les viticulteurs à de nouvelles conversions…
Vivre au milieu des vignes sans risques sanitaires liés à des molécules chimiques est donc maintenant envisageable. L’Institut de Veille Sanitaire a réalisé en Gironde, une analyse de l’air entre mai et août démontrant une saturation dans l’air de produits chimiques utilisés dans les vignes (folpel, trifluraline, pendiméthaline, endosulfan, lindane…).

D’un point de vue technique, la nouvelle charte européenne prévoit essentiellement des limites de sulfites autorisés (1) et ne couvre cependant pas l’ensemble des pratiques œnologiques.

Avec une teneur maximum de 100 mg/l de SO2 total pour les vins rouges et de 150 mg/l pour les blancs
et rosés, les dosages de sulfites autorisés dans le label vin bio européen restent relativement élevés. Harmoniser la diversité des terroirs européens était apparemment incompatible avec une baisse radicale des taux de sulfites. L’alternative de zonage ou de déclinaison régionale qui consistait à adopter des autorisations différentes, pour respecter des pratiques œnologiques diverses d’une région de l’Europe à une autre, n’a pas été retenu. Le risque possible de fraude a probablement dissuadé les membres du comité d’entériner cette proposition…

En ce qui concerne les pratiques et traitements œnologiques, un certain nombre de nouveaux procédés peu conformes avec l’esprit du bio sont désormais interdits tandis que d’autres subsistent: l’acide sorbique sera proscrit, les méthodes telles que la cryoconcentration, la désalcoolisation partielle, l’élimination de SO2 par voie physique, la stabilisation tartrique par électrodialyse sont désormais interdites. Le règlement devrait cependant évolué, puisque certains procédés encore autorisés (traitement par la chaleur, osmose inverse, résines échangeuses d’ions) doivent faire l’objet de nouvelles discussions en 2015.

En revanche, si les additifs « d’origine naturelle » (tanins, albumine, préparations biologiques) doivent être privilégiés, les levures exogènes ne sont pas interdites, à condition qu’elles ne soient pas OGM. Les copeaux sont également autorisés.

Une démarche bio de la vigne au verre ?
Cette nouvelle réglementation a essentiellement pour but d’être accessible au plus grand nombre et de permettre le contrôle des pratiques œnologiques de l’ensemble des vignerons des états membres. L’avantage est de pallier rapidement à l’absence de législation au niveau de la vinification et de combler ainsi un vide juridique qui interdisait toute désignation commerciale pour le « vin bio ». La nouvelle réglementation sera également applicable dés les vendanges 2012, avec une rétroactivité possible sur le millésime 2011 sous réserve du respect du cahier des charges.

Adapter un socle réglementaire européen commun face à la diversité des terroirs peut difficilement faire l’unanimité. En France, certains viticulteurs bio préfèrent même une absence de label officiel plutôt qu’une règlementation au « rabais ». Ils revendiquent ainsi une transparence et une confiance mutuelle avec le consommateur sans garantie officielle. D’autres s’engagent sur des niveaux d’exigences spécifiques par le biais de cahier des charge plus strict sur les procédés de vinifications. On les retrouve dans des chartes nationales, marques ou mentions privées (FNIVAB, Biodyvin, Nature et Progrès, Biocohérence).

Le label vin bio européen offre par défaut une transparence et une meilleure reconnaissance. L’essentiel est d’informer le consommateur sur le niveau d’exigence de ce label et de laisser le producteur s’exprimer sur une vinification différente en le mentionnant sur les étiquettes de ces bouteilles, par les produits et quantités ajoutées au vin, ou bien encore les procédés utilisés. Chacun doit rester libre de déterminer quelles pratiques permettent la meilleure expression du terroir…

Les petits producteurs craignent pourtant avec la conversion des surfaces de vignes en bio, une arrivée massive des industriels sur le marché, mettant ainsi au même niveau de comparaison, un vin industriel estampillé bio et un vin biologique issu de raisin fermenté sans aucun additif. Si ces craintes sont légitimes, il ne faut cependant pas sous-estimer la reconnaissance gustative des consommateurs pour des vins plus sincères et authentiques. Les vins bio de qualité n’ont aucune crainte à avoir de vins « issus d’une viticulture biologique industrielle ». Une possible confusion dans l’esprit du consommateur du « vin bio » est possible dans la communication, pas dans la dégustation.

Vincent Datin, animateur Biodordogne

(1) Le dioxide de soufre (SO2) ou sulfite est un additif de vinification. La levure produit naturellement des sulfites autour de 10 mg/litre lors de la fermentation. Ces fonctions principales sont d’inhiber ou de tuer les bactéries indésirables, et de protéger le vin de l’oxydation. De nombreux producteurs n’en ajoutent que très peu, de 10 à 30 mg/l, et seulement à l’embouteillage pour diminuer les risques liés aux stockages et transports.

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