Le Bio moins cher

20 août 2010 Aucun commentaire »
Le Bio moins cher

L’alimentation bio séduit de plus en plus consommateurs, même si le prix reste un frein majeur à l’acte d’achat. De marginale, la bio est devenue « tendance » à grands renforts de pub et de marketing. Désormais, les produits bio sont un produit d’appel pour les grandes surfaces.

La grande distribution et le hard discount ont bien sûr contribuer à démocratiser le bio, en incitant une clientèle jusque-là peu intéressée à pouvoir manger bio sans dépenser trop. Loin de toute éthique, cette nouvelle orientation donne une image positive aux grandes surfaces et permet de faire oublier certaines pratiques commerciales.

Bien sûr, on ne peut qu’être favorable au développement d’une « bio pour tous » et non à une niche de consommateurs aisés. Le bio doit être accessible à toutes les couches sociales. Toutefois, cette politique tarifaire de la GMS est un parfait copier-coller de ce qui s’est produit dans l’agriculture conventionnelle. En faisant baisser les coûts sous la pression des distributeurs, on a détruit l’agriculture, en imposant aux producteurs, par des volumes croissants, des conditions qui ne leur permettent pas de pouvoir vivre de leur production. Derrière ces prix bas du conventionnel, se cache la délocalisation de la production et des subventions élevées.

Aujourd’hui, l’agriculture ne subsiste que par les subventions de la politique agricole commune (20% de grands exploitants agricoles perçoivent environ 80% des subventions de la PAC). La grande distribution reste muette sur les écarts majeurs entre les prix de vente et les prix d’achats agricoles. En rayon, le prix de vente ne cesse d’augmenter, ces écarts pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages. Le prix de vente augmente, le prix agricole lui chute !

Pour rendre accessible le bio pour tous, il faut avant tout produire suffisamment, donc accroître les surfaces cultivées en bio pour satisfaire la demande française. A l’heure actuelle, 38 % des produits bios sont importés (jusqu’à 65% pour les fruits et légumes). Reste que l’importation de produits bio a l‘inconvénient de renchérir les coûts d’approvisionnement, de ne pas créer d’emploi en France et d’avoir un impact négatif sur l’environnement. Plus d’importations de produits bio, signifie également à terme, moins de paysans… Pour pallier à ce manque de production et éviter les importations, il suffit d’augmenter la faible densité des parcelles bio en France et de réogarniser les politiques d’aides et de subventions européennes !

Si le consommateur ne peut intervenir sur la production, son rôle reste essentiel dans le choix d’un distributeur. Soyons clair, la grande distribution veut adapter le bio à son système, mais elle ne fait que le tirer vers le bas. Les grandes surfaces vont là où le rapport qualité-prix leur paraît le meilleur. Elles trouvent ainsi plus rémunérateur de développer leur propre gamme bio (marque distributeur) et rechignent à dévoiler ce qui se cachent derrière les rayons, seul le cahier des charges compte. L’éthique bio vise à construire une filière équitable entre les parties. On retrouve malheureusement dans cette nouvelle clientèle bio des grandes surfaces, deux types de motivations : sa propre et unique santé et un certain snobisme. Acheter bio, c’est aussi une manière de se distinguer de l’achat ordinaire en supermarché.

Reste que les grandes surfaces sont le premier lieu d’achats de produits biologiques en France. Pourtant, il existe des solutions alternatives peu coûteuses qui consiste à acheter directement au producteur (vente à la ferme, Amap, marchés, magasins de producteurs) et préserver ainsi une juste rémunération pour le producteur. La place que nous accordons à la survie des paysans est aussi essentielle à la qualité de notre alimentation.

Bien sûr cette démarche requiert un changement dans ces pratiques. Relocaliser ses achats par des produits de saison à proximité de chez soi, mettre du local dans son panier ! Manger bio c’est bien, mais c’est insuffisant si on n’y rajoute pas une dimension citoyenne, si on ne fait pas le choix de produits locaux.

C’est cette idée du bio que nous défendons, celle de produits achetés à proximité directe, auprès de producteurs bio ayant un vrai savoir faire et une réelle éthique !


Vincent Datin, animateur Biodordogne

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