La Bio à tous prix

8 février 2012 Aucun commentaire »
La Bio à tous prix

Chaque été, les paysans du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) montent à Paris pour y vendre directement leurs fruits et légumes (non bio), au prix auxquels les centrales d’achat de la grande distribution acceptent de les leur acheter. Un moment de vérité pour les consommateurs et pour la presse.

On y apprend que les courgettes vendues 2,25 € le kilo en grandes surfaces (après application d’un coefficient de 5,6) leur sont payés 0,40 €; que le kilo de tomates (coefficient 7,1) vendu 2,50 € en supermarché n’a été payé que 0,35 € au paysan ou encore que sur une salade vendue 1,15 € (coefficient 7,7) seuls 0,15 € reviennent au producteur.

On comprend mieux la colère des petits paysans face aux industriels du secteur et aux importateurs inondant le marché de produits cultivés dans des pays à bas coûts sociaux.Le Modef rend publics les prix en deçà desquels les paysans vendraient à perte : 0,67 € pour un kg de courgettes, 0,58 € pour un kg de tomates et 0,25 € pour une salade.

Produire en bio coûte, dans un premier temps, plus cher. Incontestablement. Accordons un tiers de plus aux paysans. Le kilo de courgettes bio leur serait payé 0,89 €, celui de tomates 0,77 € et la salade 0,33 € pièce. Vendus au même prix que leurs homologues de l’agriculture dite conventionnelle (1), ils laisseraient encore une marge unitaire de respectivement 1,36 €, 1,73 € et 0,82 € aux commerçants.

Soyons plus généreux encore. Payons 50 % de plus aux producteurs pour qu’ils produisent sain et naturel. Dans cette hypothèse totalement irréaliste (produire en bio ne coûte pas 50 % plus cher, fort heureusement), le kilo de courgettes leur serait payé 1 €, celui de tomates 0,87 € et la salade 0,38 € pièce. Ce qui laisserait encore de très confortables marges aux commerçants…

Dans une hypothèse totalement surréaliste, considérons maintenant qu’un produit bio mérite d’être payé deux fois plus au producteur que son homologue issu de l’agriculture chimique. L’application de coefficients de 1,68 pour la courgette, de 2,16 pour la tomate et même de 2,30 pour la salade permettrait encore aux distributeurs d’engranger de très substantielles marges (0,91 € sur la courgette, 1,34 € sur la tomate et 0,65 € sur la salade)… sans que les consommateurs n’aient à débourser un centime de plus pour consommer bio !

Au vu de ces chiffres, comment expliquer alors les écarts relevés par l’Union Fédérale des Consommateurs (UFC) dans son enquête de février 2010 (2) constatant des écarts allant de 49% à 153% sur un même produit vendu en grande surface selon qu’il est bio ou qu’il ne l’est pas (3) ?

Écart d’autant moins compréhensible que plus de 50 % des fruits et légumes bio vendus en grandes surfaces sont aujourd’hui importés de pays à très bas coûts sociaux. De Chine le plus souvent.
Rien ne justifie que les produits non bio soient aussi chers en grandes surfaces. Encore moins que ces prix de référence faussés servent de base pour fixer les prix des produits bio, naturellement plus élevés que les prix des fruits et légumes chimiques.

Rien. Sauf l’appétit de ceux qui les vendent. Ainsi va le marché…


Source : Christian Jacquiau – mai 2011 – www.christian-jacquiau.fr

(1) Le terme agriculture conventionnelle, utilisé pour désigner l’agriculture chimique, se réfère aux conventions passées entre les producteurs agricoles et les entreprises de l’agrochimie commercialisant ces produits phytosanitaires (fongicides, herbicides, insecticides…) qui ruinent la santé des consommateurs autant que leur environnement.
(2) La bio à tous prix – Que Choisir n° 478 – février 2010
(3) 0,86 € pour un kilo de carottes riche en résidus chimiques mais 2,18 € pour le même en bio. Soit 153 % de différence…

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