Le 22 mars 2011

La Bio continue sa progression… Quels sont les enjeux de ce développement ? Quelles sont les problématiques de cette nouvelle consommation ? Dominique Leconte, président de Bio d’Aquitaine et de l’association Isle mange bio répond à nos questions.

Bonjour Dominique,
Tu es à la fois Président de Bio d’Aquitaine et de l’association Isle mange bio. Peux-tu nous présenter en quelques mots le rôle et les missions de Bio d’Aquitaine ?

Bio d’Aquitaine est la fédération régionale des agriculteurs bio ; ses principales missions sont de porter les revendications des agriculteurs tant au niveau régional que national et d’assurer la cohésion des projets.


Le nombre de conversion bio est en constante évolution dans le département depuis deux ans. Ton engagement vers la bio est antérieur à ce phénomène, qu’est ce qui t’a conduit à t’intéresser à l’agriculture biologique ? Tu es tombée dans la marmite quand tu étais petit ou c’est venu plus tard ?

Mon engagement date des années 90 et a été motivé par des raisons politiques notamment d’évolution de la PAC où le modèle proposé, mettait en péril l’essence même du métier de paysan. Ceci venant en complément d’une préoccupation de la sauvegarde de l’environnement et de santé publique.


A une époque, l’agriculture biologique était plutôt marginale. Que penses-tu de l’évolution de l’agriculture biologique et de sa démocratisation dans notre société ?

Le développement de l’agriculture bio et la prise de conscience collective qui l’accompagne me semble très important, néanmoins il nous faut rester vigilants à ce que ceci s’inscrive bien dans un projet de société.


Les nouveaux consommateurs bio seraient avant tout motivés par la préservation de leur santé. La protection de l’environnement viendrait en second. Quant à la justice sociale, la solidarité, ou la défense de la paysannerie et des communautés rurales… elles ne seraient pas prises en considération. Doit-on exclure le modèle social, remettre en cause certains fondamentaux de la bio pour répondre à la demande croissante des consommateurs ?

Il est important de ne pas considérer l’agriculture biologique uniquement par un intérêt individuel dans le système de développement économique que nous connaissons. Il est fondamental que l’agriculture biologique se démarque et assure ses fondamentaux à la considérer comme une démarche sociétale. Nous devons veiller au maintien des paysans et à la dynamique territoriale. L’agriculture biologique doit rester un modèle dans les démarches de mise en place d’un développement durable. Notre rôle est de maintenir un maximum de paysans actifs dans un milieu rural vivant.


Le développement de l’Agriculture Biologique passe forcément par une augmentation des surfaces agricoles. Comment peut-on parler de pertinence écologique et sociale avec des agriculteurs dans une démarche de reconversion qui ne prend en compte que des critères techniques?

Il est parfois regrettable que des collègues aient cette vision restrictive de l’agriculture biologique, mais notre réseau s’efforce de proposer une vision plus globale et met en garde sur les limites de la reproductivité d’un système qui a conduit l’agriculture traditionnelle à son déclin.


Peut-on imaginer aujourd’hui, avec des prix d’accès à la terre, qui ont bondi de 40 %, que l’augmentation des surfaces agricoles bio soit le reflet d’un juste équilibre entre installation de jeunes agriculteurs et reconversion bio d’agriculteurs conventionnels ?

L’accès au foncier est une problématique récurrente. Plusieurs raisons à cela, une baisse globale de la SAU au niveau national liée à l’urbanisation et les infrastructures nouvelles. De plus, la terre reste pour beaucoup de propriétaires une garantie patrimoniale. De ce fait il est difficile pour des nouveaux installés d’avoir accès à la terre. Aujourd’hui, le principal pilier du développement de la bio porte sur les reconversions. Nous demandons donc régulièrement une reprise en main des questions foncières par les collectivités territoriales locales et l’incitation des mises à dispositions des terres afin de recréer une dynamique d’installation.


Le label bio français a été mis à mal par la nouvelle réglementation européenne sur bien des points (OGM, lien au sol, cahier des charges des élevages, traitements allopathiques…), n’est-il pas nécessaire de sortir du système de certification actuel ?

Surtout pas. Le réseau FNAB a fait de nombreuses propositions afin que le cahier des charges européen, soit plus en cohérence avec l’ancienne réglementation française, mais manifestement d’autres lobbies ont été plus écoutés et la nouvelle réglementation est plus en lien avec un développement libéral. Nous désapprouvons entièrement cette évolution, mais c’est aujourd’hui la seule certification reconnue. Un collectif, dont notre fédération, a travaillé à la mise en place d’une nouvelle référence nationale, garantissant un respect des règles et des fondamentaux de la bio. C’est ainsi qu’est née la marque Biocohérence.


L’émergence de nouvelles marques privées ou collectives bio risque pourtant d’embrouiller encore plus les consommateurs, non ?

Pas du tout. Le consommateur a déjà une grande proposition de marques qui font partie de son paysage, et nous pensons que celui ci sera en capacité de choisir. Pour cela, nous devons assurer une bonne sensibilisation et nous ne pouvons dignement laisser l’agriculture biologique dériver sur la pente du libéralisme.


La nouvelle réglementation facilite le développement d’une bio intensive et industrielle. La grande distribution s’est lancée dans les produits bio, sous couvert d’une plus grande fluidité du marché. Des coopératives agricoles s’engouffrent dans la brèche et poussent les agriculteurs conventionnels à une reconversion bio qui ne prend en compte que le respect technique de la nouvelle règlementation bio européenne. L’agriculture biologique sera t-elle encore porteuse d’une alternative agricole, écologique et sociale ? Ou deviendra-t-elle un simple pan du marché soumis aux seuls intérêts du libéralisme économique ?

Ce système de développement ne nous convient pas, car c’est précisément ce modèle qui a conduit à la situation de crise que connaît l’agriculture conventionnelle. Notre vocation syndicale nous amène à proposer un développement différent, où le paysan garde son autonomie et ne représente pas un pion du marché. Pour ce faire, nous avons besoin de l’appui des collectivités et des consommateurs afin de porter collectivement un nouveau modèle de développement. Ce n’est pas avec un vieux modèle économique que nous redynamiserons l’agriculture et nous devons profiter de l’intérêt porté à la bio, pour élaborer une alternative de développement durable qui prend en compte les aspects sociaux, environnementaux et économiques.


Peux tu nous expliquer ce qu’est l’association Isle mange bio ?

Isle Mange Bio est une innovation à la conception de la vente de produits. Son objectif est d’approvisionner la restauration collective en produits bio de proximité. Cette action a été favorisée par une volonté des collectivités locales de soutenir la démarche. L’intérêt de cette structure est qu ‘elle est née sur une base d’un partenariat paysans-artisan-commerçant. En effet, un des adhérent est une Biocoop et nous comptons également un artisan boulanger. Cette structure démontre l’intérêt de la concertation entre différents acteurs et se place dans une opposition des concentrations corporatistes. Ce partenariat permet à la structure de proposer une gamme complète de produits et d’honorer toutes les commandes avec une logistique adaptée.


Les collectivités locales recherchent surtout des prix cohérents et une simplification des démarches. Comment conciliez-vous ces deux aspects ?

Cette structure dans une démarche de circuit court sans intermédiaire permet aux collectivités de bénéficier de tarifs adaptés pour des produits de qualité et un des intérêts de la structure collective est de simplifier le travail de logistique.


D’autres projets existent en Dordogne sur la base d’une mixité produits locaux fermiers et produits bio ? Qu’en est-il de vos engagements ? Des petits producteurs locaux peuvent-ils garantir une mise en marché constante de produits bio ?

Généralement, nous ne sommes pas favorable à cet aspect mixte de distribution de produits. La proximité ne garantit pas la qualité. Individuellement, il est très difficile d’envisager un approvisionnement régulier d’où l’intérêt des démarches collectives et ouvertes à d’autres corps de métiers. Ce travail sur les circuits courts et la restauration hors domicile est un levier pour développer une agriculture biologique cohérente, nous trouvons dommageable que cette thématique ait été récupérée au profit d’une agriculture conventionnelle, d’autant que les collectivités souhaitent du produit bio pour être en cohérence avec les préconisations du grenelle de l’environnement.


75% des parents et 41% des actifs souhaitent que la cantine de leurs enfants ou leur restaurant d’entreprise proposent des menus bio. Le développement de la bio dans la restauration collective est-il un réel débouché pour les agriculteurs bio ?

La restauration collective constitue un complément de revenus mais est surtout porteur d’une dynamique territoriale et garantit un lien entre le producteur et l’utilisateur. C’est aussi l’occasion de sensibiliser les personnes à des produits de qualité et à un nouveau mode de consommation porteur de valeurs.


Introduire des produits biologiques en restauration collective, nécessite cependant de respecter un processus dans lequel de nombreux acteurs jouent un rôle essentiel. A travers vos expériences, existent-ils des méthodes concrètes pour la mise en place d’un projet de restauration collective bio ?

Nous nous sommes appuyés sur l’expérience de notre réseau FNAB qui nous a apporté les outils nécessaires et Bio d’aquitaine propose sur l’ensemble de la région des formations adaptées en direction du personnel en cuisine et des accompagnements pédagogiques.


Pour conclure, quel message souhaites-tu transmettre à nos lecteurs ?

Préserver l’intégrité de l’agriculture biologique nous demande de sortir des schémas classiques de développement et prendre en compte les valeurs humaines dont nous sommes tous porteurs.


Propos recueillis par Vincent Datin, animateur Biodordogne



Categories: Interviews

Un commentaire

  1. Gaelia dit :

    Très belle interview!
    Bravo

Laisser un commentaire