Le 14 novembre 2009

Les grandes campagnes de communication et de marketing donnent une vision réductrice de l’agriculture biologique, loin de son approche globale, en se limitant au seul critère des produits sains et naturels. Nous avons donc choisi d’interviewer Serge Labasse, producteur bio depuis plus de 40 ans, à Pressignac Vicq. Les commentaires d’ un vrai pionnier… pour s’interroger sur les valeurs et les fondements de l’agriculture biologique, ces critères économiques, sociaux ou tout simplement humains, basés sur l’équité et la durabilité.

Installés en bio depuis 40 ans, vous faites partie de ces pionniers de la bio en France…
A l’époque, cette agriculture était plutôt marginale. Qu’est ce qui vous a motivé dans ce choix ?

La santé, la mienne et celle de tous bien sûr en passant par la santé de la terre. P Delbet a dit : « aucune activité humaine, pas même la médecine, n’a autant d’importance pour la santé que l’agriculture ». Cultiver bio, c’est travailler pour que le corps se construise une immunité parfaite. Aujourd’hui, on détruit cette immunité avec les vaccins. La vaccination ne permet pas au corps de créer son immunité, bien au contraire, elle déplace le terrain dans des zones encore plus dangereuses.

Vous êtes connu dans la région comme un producteur de kiwis. La monoculture est contraire aux principes de la bio. Comment associez vous les contraintes de rotations des cultures, de rentabilité de la production, de gestion des surfaces agricoles ?
J’ai 77 hectares de terres dont 30 % sont au repos. Une terre au repos n’est cependant pas une terre nue. Il faut faire en sorte que la chlorophylle soit toujours présente. La terre s’enrichit et vit : les racines sont aussi importantes que ce que l’on voit en surface. Je cultive de la luzerne ou du trèfle blanc qui sera broyé par la suite.

En parallèle des kiwis, je produis du blé et du tournesol. Mes semences sont autoproduites, je n’emploie aucun fertilisant pour le Tournesol. Le rendement du blé, bien que modeste, permet de nourrir avec 20 ha l’équivalent de 60 personnes. Beaucoup trop de surfaces agricoles sont aujourd’hui destinées à la production animale. Il faut savoir qu’il faut 7 fois plus de surface agricole en se nourrissant de produits animaux. La vraie solution de la faim dans le monde passe en grande partie par là.

Revenons aux kiwis… il est difficile de démontrer formellement la supériorité en matière nutritionnelle des fruits et légumes bio. Pourtant, une récente étude californienne prétend que les kiwis bio contiennent plus de vitamine C, plus de minéraux et plus de polyphénols . Selon les chercheurs, l’activité antioxydante des kiwis bio est d’environ 27 % plus forte dans les kiwis biologiques que les kiwis classiques. Qu’en penses tu ?
La supériorité des produits bios est évidente en tout cas, par l’absence de produits chimiques. En matière nutritionnelle, je suis peu ces études… La supériorité du bio me semble évidente puisqu’elle respecte la structure du fruit, contrairement à l’agriculture chimique. Il ne faut pas oublier que toute maladie est une forme de déplacement des coordonnées du milieu interne. (voir les travaux de Louis Claude Vincent sur la mesure de PH, potentiel d’oxydoréduction et résistivité ou encore la convergence avec la notion de terrain prônée par Claude Bernard et bien d’autres scientifiques).

Le développement de l’Agriculture Biologique passe forcément par une augmentation des surfaces agricoles. Certains conventionnels sont dans une démarche de reconversion, comment le pionner de la bio voie t-il ces nouveaux arrivants ?
Il y a de la place pour tout le monde dans la bio. Cependant, si certains pensent se sauver en se positionnant sur de nouveaux marchés, ils se leurrent, car de nombreux problèmes techniques (notamment pour le désherbage) augmentent les coûts et la charge de travail. Les rendements sont souvent moindres.

A propos de techniques propre à la bio, vous développez vous-même certains outils ?
Effectivement, l’agriculture est une passion et je suis arrivé à un certain degré d’expérience pratique. Je possède un atelier mécanique où je fais mes propres expériences en outillage, toujours dans une optique d’amélioration du rendement. Je suis arrivé à des résultats très intéressants, avec de nombreux outils (bineuse, herse étrille, système de travail combiné jusqu’à 4 fonctions simultanées).

La demande des consommateurs en produits bio est supérieure à l’offre, j’ai pourtant l’impression qu’on n’incite pas vraiment les agriculteurs à s’y mettre. ?
Le problème, c’est qu’aujourd’hui l’agriculture en France, c’est une fuite en avant…
A 30 ans, un agriculteur est motivé, c’est l’euphorie du travail. A 40 ans, il se désillusionne et à 50, il commence à être épuisé ! La culture a besoin de beaucoup plus de main d’œuvre pour arriver à des résultats de production équivalent à ceux de la culture classique.

Le développement de la bio n’échappe pas à certaines règles de standardisation. On cherche à normaliser la relation de confiance entre agriculteurs et consommateurs par des labels de qualité. L’émergence de nouvelles marques privées ou collectives bio risque pourtant d’embrouiller encore plus les consommateurs, non ?
Certes, le consommateur risque de s’y perdre. Cependant, il existe des certifications bien connues auxquelles on peut se référer. Par exemple, Ecocert et Nature et Progrès.

La grande distribution s’est lancé dans les produits bio. Etant donné les difficultés d’approvisionnement en France, des produits sont importés des pays de l’Est ou d’Egypte. Cela pose un vrai problème de conscience: manger des produits bio importés ou des produits fermiers locaux (non labellisés).
Je suis forcément défenseur de la bio locale. Très souvent, le négoce privilégie un produit bio étranger sur le seul critère du prix. On retombe dans le schéma habituel de l’exploitation de la main d’œuvre d’autres pays.

Propos recueillis par Vincent, animateur Biodordogne



Categories: Interviews

Laisser un commentaire