Interview Hervé Poirier

22 août 2009 2 Commentaires »
Interview Hervé Poirier

C’est dans la pittoresque vallée de la Crempse en Périgord Pourpre, dans un petit village de 391 habitants, au patrimoine pourtant exceptionnel: nombreux moulins, forges et manoirs du XVIIème et XVIIIème siécle et une des plus belles églises du pays de Villamblard, que nous avons rencontré Hervé Poirier, apiculteur bio.

Dans un environnement préservé si indispensable à notre abeille, nous l’avons interviewé tout en visitant son Rucher installé au lieu dit Pyraine à Issac près de Villamblard.


Hervé, peux tu nous parler de ton métier d’apiculteur bio ?

C’est un métier merveilleux, presque une philosophie, qui représente selon moi un engagement fort dans le respect de l’environnement. Contribuer modestement à la préservation de la biodiversité tout en exerçant une activité ludique en communion avec la nature, c’est top !!!

J’ai une centaine de ruches, chiffre que j’estime raisonnable, tant est fastidieux un suivi sérieux des colonies. Le bio nécessite de consacrer plus de temps sur elles, notamment pour effectuer les différents traitements. Quant à la recherche d’emplacements, c’est un peu galère. Le but étant de trouver un environnement sain composé majoritairement de bois, forêt, prairies, haies, et d’éliminer grandes cultures, tournesol, colza… Offrir aux colonies des espaces susceptibles de contribuer à leurs essors ( besoin de protéines fournies par le pollen et de glucides par le nectar des fleurs ou le miellat des arbres).

Je produis quelques miels mono floraux, acacia, tilleul, châtaignier, l’an dernier un peu de bruyère, et puis des multi floraux, forêt, printemps. Je privilégie la vente en circuit court, marchés, foires, et puis quelques dépôts de proximité.

Et puis , il y a l’abeille ! je suis fou de cette bestiole, je l’aime passionnément jusqu’à son odeur !! Cent millions d’années qu’invariablement, elle pollinise notre espace. Cent millions d’années pour planter un décor qu’on s’obstine à détruire. Ce serait du grand burlesque, si ce n’était pas complètement dramatique.


Le miel bio est-il un produit différent ?

Eternel débat. Si on considère que l’usage des pesticides ou toute autre forme de pollution peut avoir un impact sur la qualité du miel, alors oui… il y a une différence !

Sur les marchés, parmi les sceptiques, j’entends souvent deux types de discours; le premier : “le miel est toujours bio”, et pour le second : “il ne l’est jamais !”. La vérité se trouve, je pense entre les deux. Aux premiers, je fais comprendre que les miels conventionnels sont dans le meilleur des cas, porteurs à coups sûrs de traces de pesticides, dans la mesure où ils sont composés de nectar provenant de fleurs de grande culture ; et dans le pire, notamment les miels importés, produits à partir de mélange provenant d’origines différentes et de rajout de sucre.

Aux seconds, je réponds que la pratique de certains apiculteurs, – qui placent leurs ruches au milieu de cultures conventionnelles, utilisent antibiotiques (pour traiter certaines pathologies), sucres raffinés (pour nourrir les abeilles), nitrobenzènes (gentiment appelés essence de mirbane comme répulsif contre les abeilles lors de la récolte), naphtaline (camphre de goudron hautement cancérigène pour conserver les hausses l’hiver) – n’est pas tout à fait la même que la mienne.

A ce propos, il est savoureux de penser que les apiculteurs les plus farouchement opposés aux bio, sont ceux qui se permettent les comportements les plus répréhensibles. Bah, voyons…


Est-il possible de garantir l’absence de pesticides ou d’OGM dans les produits de la Ruche ?

Non, malheureusement, il est difficile, voire naïf de prétendre produire 100% bio. Dans un rayon de 3 à 4 km autour de la ruche, on trouvera toujours un potager, une petite parcelle dans lesquels il y aura des produits incriminés ; Le challenge étant d’en éliminer le plus possible. Essayons d’avoir déjà un comportement irréprochable.


Le miel, la propolis, la gelée royale et le pollen, peuvent-ils être considérés comme médicaments ?

Pour la propolis, je crois que l’on peut parler de médicament. Ses propriétés antibactériennes, antibiotiques, antimicrobiennes et anticancéreuses ne sont plus à démontrer. Le docteur Donnadieu a passé une grosse partie de sa carrière à l’étudier et à démontrer l’efficacité de son action sur la sphère ORL, dermatologie, stomatologie…

Le pollen a des propriétés antioxydantes, et est un excellent complément alimentaire riche en oligo-éléments. Le miel, outre ses qualités gustatives, est un cicatrisant utilisé notamment en chirurgie par le professeur Descottes au CHU de Limoges.

Quant à la gelée royale, on lui prête les vertus les plus folles ; par exemple 2 oeufs exactement identiques pondus par la même reine, l’un nourri exclusivement de gelée et l’autre d’un mélange pollen et gelée vont donner dans le 1er cas une reine et dans le second une ouvrière ! Soit 2 êtres excessivement différents physiologiquement et physiquement. La 1ère vivant 50 fois plus longtemps que la seconde. C’est fou, non ?

On peut aussi parler du venin d’abeilles utilisé de plus en plus contre certaines pathologies, notamment la sclérose en plaques. On le voit les produits de la ruche sont de véritables trésors.


Protéger l’abeille, sentinelle de notre environnement, est un enjeu écologique et économique prioritaire, quels sont tes conseils pour participer activement a leur préservation ?

Enfin des conseils, ce serait bien si on pouvait en donner aux grosses firmes productrices de pesticides, genre Monsanto ! En attendant, on peut à notre niveau respecter une éthique, planter des fleurs mellifères, et puis pourquoi pas avoir une ruche dans son jardin.


Merci Hervé pour ton accueil. Nos lecteurs pourront te rencontrer au Marché de Bergerac, tous les samedi matin autour de l’église et avoir ainsi le plaisir de déguster des miels d’une grande qualité mais aussi une gamme de produits de la Ruche (pain d’épice, propolis, bière au miel, bougies…).


HERVE POIRIER – APICULTEUR BIO
Miel, pain d’épice, propolis, bière au miel, bougies…
Vente directe au marché de Bergerac chaque samedi
Lieu dit Pyraine – 24400 ISSAC
Tél. 05.53.80.79.64
Courriel : apyraine@voila.fr
Site internet : www.apyraine.fr



Propos recueillis par Cécile Laprie-Datin, Biodordogne

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2 commentaires

  1. andre colpin 28 juin 2010 à 22 h 48 min - Reply

    ….de campsegret.
    un petit salut en lisant cet interview qui me « convient » Bravo et merci.
    De mon coté j’adore bouturer et semer des melliferes. Si cela vous amuse, passez me voir au moulin, derrière l’église de Campsegret et si vous en avez le temps, pensez à la ruchette bleue ! Merci et à un de ces jours !
    Andre.

  2. poirier 14 juillet 2010 à 21 h 54 min - Reply

    Hello !

    est-ce que tu fais du miel de ronce ?
    Bisous !
    Sarah P

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