Des salariés victimes des pesticides

7 octobre 2011 Aucun commentaire »
Des salariés victimes des pesticides

Les maladies liées à l’exposition à des pesticides sont en augmentation constante dans le monde agricole. Même si elles ne figurent toujours pas au tableau de reconnaissance des maladies professionnelles, les conséquences des phytosanitaires sur la santé des paysans sont désormais reconnues par la sécurité sociale et la MSA. Les victimes doivent cependant démontrer que la maladie développée est bien en lien direct avec la manipulation de substances chimiques dans le cadre de leur travail…

D’autres salariés sont aussi victimes des pesticides, bien que leur métier ne les prédispose pas au contact direct avec ces produits. Les salariés de l’agroalimentaire ne sont pas les seuls concernés. On estime à plusieurs milliers, les employés en contact avec ces produits (dockers, douaniers, magasiniers, chauffeurs routiers, ouvriers des usines de traitement du bois).

Affaire Triskalia
Deux salariés bretons de l’agroalimentaire, victimes de pesticides mènent actuellement une procédure judiciaire contre leur ex-employeur. Anciens salariés d’Eolys (1), une entreprise spécialisée dans le stockage des céréales, rachetée aujourd’hui par Triskalia (2), Laurent Guillou et Stéphane Rouxel ont été gravement intoxiqués par des pesticides utilisés pour traiter en surface 20 000 tonnes de céréales destinées à l’alimentation animale (porcs et volailles), infestées par des insectes…

Au total, ce sont 18 personnes sur les 70 salariés du site de Plouisy (commune située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor), qui ont été intoxiquées. Laurent Guillou et Stéphane Rouxel sont cependant les deux plus gravement atteints et souffrent d’un syndrome d’intolérance aux solvants et aux produits chimiques, parfois appelé syndrome d’hypersensibilité chimique multiple.

Souffrant de maux de tête, de douleurs au ventre et vomissements, de saignements, de brûlures au visage et au cuir chevelu, ils ont eu recours à de nombreux arrêts du travail liés à cette intoxication. Déclarés «inaptes» en janvier 2011 par la médecine du travail, leur cas reconnu en « accident du travail » par les tribunaux de la sécurité sociale, ils ont finalement été licenciés en juin et juillet 2011 par leur entreprise.

Comment l’intoxication a-t-elle été possible?
Les cours du marché et la spéculation alimentaire conduisent les entreprises à prendre un certain nombre de risques en aalongeant le temps de stockage des céréales. Dans ces conditions, sous l’effet conjugué de l’humidité et de la chaleur, les grains se détériorent très vite sans un système de ventilation adéquate. Fin 2008, la décision est pourtant prise de ne plus ventiler les silos pour faire des économies d’électricité. Très vite, divers insectes (charançons, sylvains, moucherons) infestent les 20000 tonnes de céréales, il faut pulvériser très vite des insecticides…

Un pesticide interdit
Laurent Guillou, chargé du transport des céréales est gravement intoxiqué. Alertée, l’inspection du travail mène l’enquête et relève l’utilisation d’un produit interdit depuis 2006. L’entreprise reconnaît alors qu’elle a bien utilisé ce produit, mais « par erreur ». L’insecticide se trouvait dans l’entreprise pour stockage en attendant sa destruction, affirme la direction.

En février 2010, Laurent Guillou est pourtant sujet à une seconde intoxication, plus violente. Les symptômes reprennent de plus belle. D’autres collégues souffrent également des mêmes maux. Une plainte contre X est déposée à la gendarmerie. Si le pesticide utilisé (Nuvagrain) est cette fois bien autorisé, les résultats d’analyses effectuées sur les céréales pulvérisées révèlent des doses sept fois supérieures à la maximale autorisée. La sociéte Eolys aurait eu recours à une entreprise non agrée et des intérimaires pour ces missions de pulvérisation. Le débit de la pompe était réglé sur 48 % au lieu des 10 % réglementaires. Certains salariés prétendent qu’il est même arrivé que le pesticide soit carrément injecté dans le système de ventilation générale sans être dosé correctement.Travaillant à proximité de ces pompes de ventilation, Laurent Guillou et Stéphane Rouxel ont donc été une fois de plus gravement intoxiqués.

Les deux employés accusent l’entreprise de les avoir exposés sans protection suffisante dans les hangars ou lors du transport des céréales. Aprés traitement, un délai d’attente de 48 à 72 heures était nécessaire, les employés manipulaient pourtant les grains dés la fin du traitement.

Vaincre l’omerta…
Les salariés engagent donc une action en reconnaissance pour « faute inexcusable » de leur employeur et espèrent ainsi en médiatisant l’affaire, rompre l’omerta qui règne dans le milieu agroalimentaire sur ce sujet.

Vincent Datin

(1) Eolys, entreprise spécialisée dans le stockage des céréales. Nutréa, entreprise spécialisée dans le transport et la fabrication d’aliments aux animaux. Toutes deux sont des filiales du groupe Triskalia

(2)Triskalia, le plus important groupe d’agro-alimentaire de Bretagne (4 500 salariés et 20 000 agriculteurs adhérents) qui détient les marques Régilait, Paysan breton, les enseignes Gam Vert et Magasin Vert. 300 sites en Bretagne et plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 20 % à l’export. Première coopérative agricole en Bretagne, Triskalia est né de la fusion de trois entités : Cam 56, Coopagri Bretagne et Union Eolys. Son siège social sera basé à Landerneau.

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