Des élevages intensifs…bio ?

17 juin 2010 8 Commentaires »
Des élevages intensifs…bio ?

L’association ALTERRAVIA prépare un ouvrage collectif sur les évolutions de la bio. Ce livre a pour but de dénoncer les dérives de la bio-business mais aussi de montrer qu’une autre bio existe, respectueuse de certains principes sociaux et écologiques. Actuellement en plein travail d’investigation, Philippe Baqué livre les premiers résultats de ces enquêtes sur le terrain dans l’article ci-dessous.

Des élevages intensifs de poulets bio dans un océan de maïs transgénique.
Un mauvais film de science fiction ? Un cauchemar ? Non. Il s’agit du nouveau paysage du Sud-Ouest de la France que préparent les techniciens de la coopérative agricole Maïsadour.

Voici dix ans, un article du Monde diplomatique intitulé « Main basse sur les produits bio » provoquait un certain émoi (1). On y apprenait, entre autres, que la multinationale Novartis, très impliquée dans la promotion du maïs transgénique, possédait depuis des années la société Soy, spécialisée dans la production de produits bio à base de soja. En pleine période de lutte contre les OGM, la question du boycott de la marque se posa un temps, mais les intérêts commerciaux eurent le dessus. Novartis a revendu peu après la société à une banque hollandaise qui l’a cédée à un milliardaire japonais…

Novartis n’en a pas perdu pour autant son influence au sein de la bio. Syngenta – filiale de Novartis qui gère désormais toutes ses activités agro-chimiques – est actionnaire à 40 % depuis 1999 du groupe Maïsadour Semences, présent dans plus d’une trentaine de pays et dont l’une des activités phare est le développement et la commercialisation des semences OGM (2). Elle y est associée avec Maïsadour, la puissante coopérative agricole des Landes, très présente dans l’élevage de poulets « bio » industriel depuis le début des années 2000. L’objectif d’alors était de répondre à la commande d’une chaîne de supermarchés anglais. Aujourd’hui, ce sont les promesses très rentables du marché français qui pousse Maïsadour, ainsi que bien d’autres puissantes coopératives agricoles, à convertir les agriculteurs aux vertus de l’élevage de poulets « bio ».

En Aquitaine, la coopérative landaise livre une concurrence farouche à Terres du Sud pour occuper la première place dans la production de volailles « bio ». Pour le moment, chacune ne travaille qu’avec quelques dizaines d’éleveurs et livre chaque année sur le marché entre 700.000 et 800 000 poulets « bio ». Mais Terres du Sud prévoit de multiplier par trois la production en deux ans tandis que Maïsadour pousse ses producteurs à produire toujours plus : l’un d’eux est passé à une production de 50.000 poulets « bio » à l’année. Pour recruter des éleveurs « bio », une coopérative fait appel à des agriculteurs en difficulté en leur promettant des revenus aguichants. Elle leur fournit clé en main tout le matériel et les bâtiments nécessaires pour l’élevage. L’investissement – environ 200 000 euros – est facilité grâce à ses services financiers qui propose au futur éleveur des crédits remboursables sur 20 ans. Ceux-ci sont tenus par contrat à n’utiliser que les poussins livrés par la coopérative, à lui acheter tous les aliments pour ses volailles, à ne se servir que des traitements qu’elle lui propose et à livrer toute sa production à son abattoir et à son usine de conditionnement. Les directives des techniciens de la coopérative sont les seules à devoir être appliquées. Les prix d’achat des œufs et des poulets ne sont jamais fixés à l’avance et dépendent de critères qui échappent totalement à l’éleveur. La docilité de ce dernier est garantie par son endettement auprès de la coopérative. Il s’agit là d’un pur modèle d’intégration généralisé dans les élevages intensifs conventionnels.

La nouvelle réglementation européenne en place depuis le 1er janvier 2009 facilite le développement de ce « bio » industriel. La taille des élevages ne connaît pas de limites. Seuls sont limités les nombres de volailles par bâtiment mais pas le nombre de bâtiments… Des dérogations permettent aux agriculteurs « bio » d’utiliser des traitements chimiques ou conventionnels. Tous les poussins livrés aux éleveurs par les coopératives sont ainsi vaccinés. La nouvelle réglementation n’impose plus à l’éleveur de respecter le lien au sol et de produire sur sa ferme une partie des aliments pour ses volailles. Il peut désormais les acheter dans leur totalité auprès des coopératives. Ces aliments « bio » peuvent contenir 10 % d’ingrédients non bio et jusqu’à 0,9 % d’OGM… La plupart des éleveurs en contrat avec les coopératives ne savent pas ce que contiennent les aliments qu’ils donnent à leurs volailles…

L’alimentation animale est aujourd’hui l’un des produits « bio » le plus rentable, grâce aux spéculations que permet le marché international. Le soja, source principale de protéines, est l’un des principaux composants de ces aliments. Mais en France, les surfaces cultivées en soja bio diminuent d’année en année (6500 tonnes produites en France alors que les besoins sont de 20.000 tonnes) car ce soja demeure trop cher pour les coopératives. Elles se sont un temps approvisionnées en Chine. Mais coup dur pour le marché : en 2008, une substance très toxique, la mélamine, a été retrouvée dans le soja «bio» chinois importé par Terrena pour les élevages « bio » de l’Ouest de la France. Depuis, les coopératives sont très discrètes quant à leurs fournisseurs de soja « bio ». Beaucoup achètent du soja cultivées sur d’immenses fazendas «bio » de plusieurs milliers d’hectares dans l’Etat du Mato Grosso, sinistré par la destruction massive de la forêt amazonienne. D’autres coopératives agricoles françaises trouvent leur bonheur sur le marché italien qui servirait de plate-forme à du soja en provenance des pays de l’Est. Dans ces pays, de grandes sociétés européennes, notamment françaises, achètent à bas prix des terres vendues par les petits paysans qui ne peuvent intégrer leurs cultures aux normes européennes. Elles créent ainsi d’immenses exploitations destinées à des monocultures de céréales ou de soja « bio ».

La transparence n’est pas de mise au sein de ce bio-business. Les coopératives agricoles, alliées aux puissants groupes de l’agroalimentaire et de la chimie, peuvent y tailler de nouveaux empires et y prendre discrètement le pouvoir. Le principal organisme professionnel d’Aquitaine, Arbio, est aujourd’hui dirigé par des responsables de Terres du Sud et de Maïsadour. L’Institut national des appellations d’origine (INAO) qui est chargé en France de l’application de la réglementation européenne est dirigé par Michel Prugue… président de Maïsadour.

En matière de plantes génétiquement modifiées, Maïsadour Semences est convaincu de l’intérêt de cette technologie. Par conséquent, un laboratoire de marquage moléculaire a été mis en place et des relations solides ont été établies avec les différents partenaires fournisseurs d’évènements génétiques de dernière génération. Cela permettra d’être en mesure de proposer des versions converties des hybrides phares de la gamme aux utilisateurs qui le souhaiteront. (in « Les solutions transgéniques » sur www.maisadour-semences.fr. Le 8 avril, Maïsadour et Terrena, son alter ego dans l’Ouest basé à Ancenis (Loire-Atlantique), ont annoncé le regroupement de leurs activités volaille dans une nouvelle entité, baptisée « Fermier du Sud-Ouest », détenue à 51 % par la première et à 49 % par la seconde. Cette nouvelle entité produira 29 millions de volailles par an, dont 17 millions sous label.


Source : Philippe Baqué – www.alterravia.com


Philippe Baqué
Ecrivain, journaliste, réalisateur, scénariste. Il est notamment l’auteur des documentaires « L’Eldorado de plastique » (2001) sur la mer de plastique d’Almeria et « Le beurre et l’argent du beurre » (2007) sur les ambigüités du commerce « équitable » à travers la filière du beurre de karité.

Maïsadour
- Chiffre d’affaires : 1 milliard € (semences, agrofournitures, céréales, nutrition et productions animales, légumes, jardineries)
- Résultat 2009 : + 11,3 millions €
- 3 263 salariés
- 8000 agriculteurs

Notes :
1- Chantal Le Noallec, « Main basse sur les produits bio », Le Monde diplomatique, mars 1999.
2- Dans l’Etat brésilien du Parana, en octobre 2007, une milice armée contractée par Syngenta a assassiné un militant du Mouvement des sans terre (MST) qui occupait en compagnie d’une centaine d’autres agriculteurs des champs de recherche OGM de la société suisse.

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8 commentaires

  1. le sauze 3 mai 2011 à 17 h 10 min - Reply

    c’est lamentable, jusqu’ou ira la betise humaine,je vois que cela n’a pas de frontiere,cela fait des decennies que nous travaillons a notre propre destructuion………..il y aura une fin a tout…..a bon entendeur.

  2. laroche 3 mai 2011 à 17 h 36 min - Reply

    Bonsoir ,
    Je suis conforté dans ma volonté de produire moi-même mes volailles en achetant une couveuse artificielle .

    Seul bémol , j’ai beaucoup de mal à trouver des aliments pour mes poussins en démarrage Bio .

  3. Honorin Marinette 3 mai 2011 à 19 h 14 min - Reply

    C’est ce à quoi il fallait s’attendre en voyant entrer « la bio » dans les grandes surfaces, il ne brassent que de la M…. quel qu’en soit la couleur.
    J’espère que de nombreuses personnes liront cet article, il comprendront alors pourquoi « la bio », la vrai est plus chère. D’autre valeur que le profit pour le profit y sont véhiculées.
    Merci à vous pour cet article comme pour les autres, toujours de Qualité.
    Marinette

  4. GUIHO 3 mai 2011 à 19 h 17 min - Reply

    VIVE LE « BIO  » AUX OGM !!!!!!!!!!!!!

  5. Fustier Claude 3 mai 2011 à 19 h 34 min - Reply

    Je me suis créé un slogan depuis plusiers années concernant la nourriture « Tout ce qui est Bio n’est pas forcément bon, tout ce qui est bon n’est pas forcément Bio »
    Je suis un partisan des circuits courts favorisant les relations humaines entre les producteurs et leurs voisins qui se nourrisent de leurs produits. Les élevages « bio-industriels » avec son corolère de « l’agro bio-industriel » ne peuvent entrainer que des dérives. J’ai acheté récemment un poulet dit « BIO » à la bio coop de Lannion qui, à la découpe, c’est démembré au premier coup de couteau avec la dispersion immédiate des cartilages. Il y a trois jours j’ai découpé un poulet fermier non labellisé qui pour moi est une référence sur ce produit. C’est une jeune productrice installée depuis peu, rencontrée sur le marché de Lannion il ya un an. Autre exemple de « Bio-industriel » contestable, des sablés labellisés Bio, marque distributeur U: dans les composants nous lisons oeufs en poudre et lait en poudre. Gustativement celà donne envie de refaire sa propre patisserie avec les produits locaux.

  6. Sirac Claudie 4 mai 2011 à 12 h 17 min - Reply

    Madame Monsieur bonjour
    Je suis attérée par ce que je viens de lire. A qui pouvons-nous faire confiance ? Vos informations valent de l’or. Je suis actuellement en région parisienne par obligation sinon je réside dans le LOT. Dans quel état va être notre Sud Ouest ? Avec tristesse je vous souhaite de passer une bonne journée

  7. ardennais03 4 mai 2011 à 19 h 39 min - Reply

    nous producteurs, depuis la fin des années 1970, redoutions la prise de pouvoir du financier sur la Vie, notamment en agrobiologie, déjà dans les années 1980, Danone avait pris les devants avec son bio qui n’en était pas et aujourd’hui…c’est fait!

  8. Diogène 5 mai 2011 à 23 h 14 min - Reply

    Le cynisme n’a pas de limites ! Avec tous ces produits chimiques et substances OGM, voilà de beaux jours pour les maladies et cancers de toutes sortes, et, à n’en pas douter, un jour prochain, pour de nouveaux scandales comme celui de la vache folle… Mais pour ces apprentis sorciers, la vie n’a aucune importance pourvu que le business soit là. Cela dit, c’est aussi au consommateur d’être vigilant. Or, qui lit d’abord l’étiquetage ? Presque personne ! Ensuite, qui possède un sens critique suffisant pour être méfiant et voir ailleurs ? …. Tout est fait pour enfumer le consommateur-citoyen qui devient une victime consentante, alors qu’il pourrait boycotter les produits ! C’est comme ailleurs où, au fond, les citoyens ont les politicards qu’ils méritent ! Pauvres Français schizophrènes qui veulent tout et son contraire ! A vomir.

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