Bio, commerce équitable… ouvrez l’oeil !

8 février 2012 1 commentaire »
Bio, commerce équitable… ouvrez l’oeil !

Mise sous contrôle du commerce alternatif; tentative de réglementation contraignante imposée aux AMAP; bio industrielle, productiviste et intensive; normalisation par le bas, au point de voir l’un des pionniers de la bio (Nature & Progrès) se faire exclure d’un des plus anciens réseaux de distribution de produits biologiques (BioCoop) pour cause de non alignement sur un label européen pourtant moins-disant; élection d’un industriel à la tête du premier syndicat agricole français; versement de marges arrière et pratiques anticoncurrentielles reconnues par un des poids lourds du commerce équitable (1)… l’autre monde possible a décidément bien du mal à émerger.

Quant à Max Havelaar, privé des grasses subventions que lui accordaient jusqu’alors ses amis politiques via le ministère des Affaires Étrangères; malmené par la pression sur les prix à la production exercée par la grande distribution; frappé par la chute des ventes servant de base à ses redevances de marque; déstabilisé par la perte de confiance des consommateurs; fragilisé par la multiplication des repères de garantie écolo-éthico-équito responsables… il traverse actuellement une zone de très fortes turbulences.

À quelques semaines de la quinzaine du commerce équitable, Max Havelaar France a d’ailleurs dû se séparer de Joaquin Muñoz, son directeur général. Outre la gestion de sa crise de croissance, c’est la politique de développement de l’association qui est aujourd’hui en question. Son nouveau directeur – passé par la direction scientifique d’Arvalis (2), un organisme de recherche agricole appliquée spécialisé dans les céréales, bien connu pour ses essais en matière d’OGM (3), aura manifestement fort à faire.

Dommage collatéral : les réseaux alternatifs se trouvent à leur tour, après avoir subi la concurrence farouche de la grande distribution, victimes de graves difficultés. Pour couronner le tout, les petits producteurs se plaignent de plus en plus ouvertement du peu de retour du système. Quant à l’impact sur leurs salariés – travailleurs journaliers, saisonniers, sans terre et autres précaires qui s’échinent tout au long des filières – les apports du commerce équitable se limitent le plus souvent à la recherche de nouveaux gains de productivité obtenus par l’amélioration des conditions de travail visant à l’optimisation de l’outil de travail… qu’ils sont.

Triste tableau d’un marché perdant / perdant ?
Pas tout à fait. Les difficultés que rencontrent aujourd’hui la majeure partie des acteurs du commerce équitable constituent incontestablement une magnifique victoire de l’oligopole de la grande distribution sur ceux qui, naïvement, avaient cru être en capacité d’en changer les pratiques.

Le monde agricole n’est pas mieux loti…
Dans un document publié le 8 mars 2011, Olivier De Schutter, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation à l’ONU, confirme que les petits fermiers pourraient doubler leur production alimentaire sur les dix prochaines années en recourant à des pratiques agroécologiques (4).

« Outre une meilleure qualité des sols, la réduction, voire l’absence, de l’utilisation de pesticides se traduit par de substantielles économies pour les agriculteurs. Ainsi, dans 57 pays en développement, la production a augmenté de 80 %, avec une moyenne de 116 % dans les projets mis en œuvre en Afrique », commente la journaliste Cécile Cassier (5). Pour Olivier De Schutter « le problème de la faim dans le monde ne se résoudra pas avec les grandes fermes industrielles ».

Le rapporteur rappelle l’urgence d’adapter l’agriculture aux besoins alimentaires des 9 milliards d’êtres humains attendus sur la planète en 2050. Le projet de bon sens qu’il défend est l’exact contraire du modèle agricole français. Comme un pied de nez à la face de ceux qui ont voulu croire aux boniments du Grenelle de l’environnement, la FNSEA vient en effet de franchir un nouveau pas vers les seigneurs de l’agrochimie, contre les citoyens, leur santé et leur environnement. Pour ses 65 ans, l’âge de la retraite bien sonné pour d’autres, la FNSEA (6) s’est offert un nouveau président. « Le plus industriel des agriculteurs à la FNSEA », selon le magazine L’Usine Nouvelle (7). Tout un symbole !

Car si Xavier Beulin, son nouveau président, exploite un petit lopin de 450 ha dans le Loiret, il est avant tout le président de Sofiprotéol, un puissant groupe agro-industriel (8) exerçant ses talents sur le marché des huiles alimentaires (Lesieur, Puget, Générale Condimentaire); la chimie (Novance, Oleon); les agrocarburants (avec le trop fumeux Diester) et l’alimentation animale (Glon Sanders).

Pur produit du sarkozysme décomplexé, le nouveau président de la FNSEA n’aurait pas dépareillé sur la photo du Fouquet’s, au soir du 6 mai 2007. « Son goût pour le golf et la voile, de même que ses habitudes de vacances à Gammarth (Tunisie), l’éloignent de l’image d’Épinal de la paysannerie traditionnelle. S’il chausse des bottes, ce n’est pas seulement pour aller aux champs mais également afin de rallier la capitale sur sa grosse moto. Quant à son soutien financier à plusieurs hebdomadaires locaux, il ne saurait être étranger à sa volonté de récolter aussi une bonne image sur ses terres », explique le quotidien Les Échos, pourtant peu enclin au dénigrement des businessmen.

A ce stade, pourquoi ne pas fusionner le ministère de l’agriculture avec celui de l’industrie ?
D’autant que les pouvoirs publics soutiennent aveuglément cette agriculture industrielle, en état de faillite dépassée.


Source : Christian Jacquiau – mai 2011 – www.christian-jacquiau.fr 

(1) Crise larvée chez Max Havelaar (www.marianne2.fr/Crise-larvee-chez-Max-Havelaar_a203146.html).
(2) Arvalis-Institut du végétal se présente sur son site Internet comme étant un Institut de recherche appliquée en agriculture, mettant au point et diffusant des informations et des techniques permettant aux producteurs de s’adapter à l’évolution des marchés agro-alimentaires et de rester compétitifs au plan international, tout en respectant l’environnement. (www.arvalisinstitutduvegetal.fr)
(3) Sur son site Syngenta, un poids-lourd des OGM, se félicite de son partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, lui apportant « sa caution scientifique forte » dans le cadre d’un concours derrière lequel se cache une opération de séduction à l’égard du monde de l’enseignement agricole » (www.syngenta-agro.fr/synweb/standardpdp_20_4_808_Arvalis-Institut-du-v%C3%A9g%C3%A9tal.aspx)
(4) Le principe de l’agroécologie repose sur « des systèmes de culture attractifs, rentables, protecteurs de l’environnement et durables, basés sur le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV) », explique le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD).
(5) www.echo-nature.com/inf/actu.cgi?id=4601
(6) La FNSEA, syndicat majoritaire agricole revendiquant 320 000 adhérents, a été fondée au sortir de la guerre, le 14 mars 1946.
(7) www.usinenouvelle.com/article/le-plus-industriel-des-agriculteurs-a-la-fnsea.N143578
(8) Le Groupe Sofiproteol, fort de ses 6300 collaborateurs, de ses 24 sites de production de transformation des oléagineux et de ses 43 autres spécialisés dans la nutrition animale et l’alimentation humaine, revendique un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’€ pour 2009 (5,6 milliards estimés pour 2010) et un résultat net de 71 millions d’euros. (www.sofiproteol.com)

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1 commentaire

  1. Biodordogne 10 février 2012 à 14 h 07 min - Reply

    Les choses ont changé depuis mai 2011 concernant Max Havelaar. Le « nouveau » directeur a déjà été remplacé…

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